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TDAH : 122 % de patients traités en plus en Île-de-France, mais pourquoi le diagnostic reste-t-il un parcours difficile ?

En Île-de-France, la forte hausse des patients traités pour un TDAH remet en lumière une autre difficulté : accéder à des professionnels formés. Chez l’enfant, le diagnostic demande de croiser les observations, pas seulement de repérer un manque d’attention.

Relu par Antoine BOUQUET
Une adulte échange avec une médecin pendant un entretien de consultation.

Le nombre de personnes traitées peut augmenter fortement sans que l’accès au diagnostic soit devenu simple. C’est le décalage qui ressort de l’actualité du 16 octobre : France Inter rapporte une alerte de l’Assurance maladie sur le méthylphénidate en Île-de-France, tandis que la pédiatre Anna Boctor, interrogée par la radio, souligne le manque de professionnels formés au trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou TDAH. Surveiller les prescriptions et permettre une évaluation sérieuse répondent à deux besoins différents. [1]

122 % de patients traités en plus, pas une mesure du nombre de personnes atteintes

Selon les données de l’Assurance maladie rapportées par France Inter, le nombre de patients traités par méthylphénidate a augmenté de 122 % entre 2021 et 2025 en Île-de-France, et de 142 % chez les adultes. Ces pourcentages portent sur des personnes recevant un traitement. Ils ne mesurent ni la fréquence du TDAH dans la population, ni le nombre de personnes qui attendent encore un diagnostic. [1]

Pour Anna Boctor, cette progression s’explique notamment par un meilleur repérage d’un trouble longtemps sous-diagnostiqué en France. Cette lecture invite à ne pas confondre augmentation des traitements et excès de diagnostics. Mais le chiffre régional ne suffit pas davantage à établir que tous les besoins sont couverts : il compte les patients déjà entrés dans le traitement, pas ceux qui restent à la porte du parcours de soins.

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Chez l’enfant, le diagnostic rassemble plusieurs regards

Reconnaître des difficultés d’attention est un point de départ, pas encore un diagnostic. Dans ses recommandations de 2024 consacrées aux enfants et aux adolescents, la Haute Autorité de santé décrit une démarche clinique : un entretien avec l’enfant et ses parents, un examen, puis des informations recueillies auprès des personnes qui le connaissent dans ses différents lieux de vie. L’enjeu est de comprendre les difficultés, leur durée et leurs répercussions scolaires, familiales et sociales. [2]

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Ce croisement évite de réduire l’enfant à une impression isolée. Les observations de la famille, de l’école ou du périscolaire éclairent des contextes différents. Le médecin recherche aussi d’autres explications possibles et des troubles associés, qui peuvent compliquer l’évaluation. Un questionnaire aide à organiser cette recherche, mais ne remplace pas l’ensemble de la démarche.

La HAS précise qu’aucun examen complémentaire ni marqueur biologique ne confirme le TDAH. Un bilan neuropsychologique n’est pas nécessaire pour poser le diagnostic ; il peut être utile dans certaines situations, notamment pour explorer une autre hypothèse ou guider le suivi. Accumuler les bilans n’est donc pas synonyme d’avancer vers une réponse. [2]

Parcours diagnostique du TDAH chez l’enfant et l’adolescent : comprendre, observer et évaluer, selon les repères HAS de 2024.
Repères du parcours diagnostique chez l’enfant et l’adolescent, d’après les recommandations HAS de 2024.

Le retentissement quotidien compte autant que le symptôme repéré

Pourquoi recueillir des informations au-delà de la consultation ? Parce que l’inattention prend son sens dans ce qu’elle perturbe. La HAS décrit un trouble dont les manifestations, accompagnées ou non d’hyperactivité et d’impulsivité, affectent le fonctionnement quotidien. Comprendre ce retentissement permet aussi de construire l’accompagnement avec l’enfant et ses parents, plutôt que de s’arrêter au nom du trouble. [2]

Notre article sur les repas oubliés et les difficultés d’organisation avec le TDAH explore un autre aspect de ce quotidien. Il aide à comprendre comment une tâche ordinaire peut devenir exigeante, sans faire d’un repas sauté un signe diagnostique.

Composition en papier représentant une assiette, des ingrédients et des rubans entrelacés.

L’accès à un médecin formé reste une question distincte

L’obstacle décrit par Anna Boctor n’est pas seulement de savoir reconnaître des signes : c’est aussi d’atteindre un professionnel capable de les évaluer. Dans sa communication de septembre 2024 sur le TDAH pédiatrique, la HAS pointait déjà des professionnels peu nombreux, inégalement répartis sur le territoire, et des délais de diagnostic et d’intervention allongés pour les familles. [3]

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Elle appelait alors à élargir l’offre de soins en formant davantage de médecins, notamment généralistes, par une formation structurée et diplômante. Cette proposition porte sur la capacité à assurer le parcours : disposer de repères écrits ne crée pas, à lui seul, des rendez-vous ni du temps médical pour réunir les informations nécessaires.

Dessin reliant un carnet d’observations, la famille, l’école et le médecin autour d’un enfant.
Famille, école et médecin apportent des informations complémentaires à l’évaluation de l’enfant.

La télémédecine peut faciliter l’accès à l’expertise, mais la HAS recommande, pour l’enfant et l’adolescent, au moins une consultation en présentiel, notamment pour l’examen clinique. Elle propose aussi des téléconsultations assistées : un professionnel de santé ou un psychologue de proximité se tient auprès de l’enfant et de sa famille pendant l’échange avec le médecin spécialisé à distance. C’est une organisation de soins, pas simplement un rendez-vous vidéo ajouté au parcours. [3]

Diagnostiquer et décider d’un médicament ne sont pas la même étape

Le signal de vigilance rapporté par France Inter concerne notamment des premières prescriptions réalisées hors des spécialités prévues. Il appelle une attention au cadre de prescription ; il ne permet pas de juger, à partir de la seule hausse régionale, la qualité de chaque diagnostic. [1]

Pour les enfants et adolescents, les recommandations HAS inscrivent le médicament dans un projet plus large, construit avec la famille. Comprendre le trouble, accompagner les parents et adapter la scolarité font partie des interventions proposées. Lorsqu’un traitement médicamenteux est retenu, il est associé à des mesures non médicamenteuses : la prescription ne remplace donc ni l’explication du diagnostic ni le travail sur les difficultés concrètes de l’enfant. [2]

Sources et références

[1] France Inter — Article et entretien avec Anna Boctor, 16 octobre 2026
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/tdadh-5528510

[2] Haute Autorité de santé — Diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents, recommandations de 2024
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3302482/fr/trouble-du-neurodeveloppement/tdah-diagnostic-et-interventions-therapeutiques-aupres-des-enfants-et-adolescents

[3] Haute Autorité de santé — Former plus de professionnels pour réduire les délais de prise en charge, 23 septembre 2024
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3542741/fr/tdah-de-l-enfant-et-adolescent-former-plus-de-professionnels-pour-reduire-les-delais-de-prise-en-charge

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