Moins de curistes, des bâtiments à moderniser et un financement de nouveau discuté : les stations thermales affrontent plusieurs difficultés à la fois. Le bilan rendu public le 15 octobre par la chambre régionale des comptes d’Auvergne-Rhône-Alpes décrit une fragilité déjà installée. Le projet national de baisse de prise en charge pour 2027 s’y ajoute, sans expliquer à lui seul la situation actuelle. [1][2]
La fréquentation avait déjà perdu un quart de ses curistes
La région a accueilli 94 709 curistes conventionnés en 2025, contre 128 048 en 2016. La chambre chiffre ce recul à 26 %. Il concerne les cures prises dans le cadre conventionné, pas l’ensemble des visiteurs venus se détendre dans une ville thermale. Cette distinction compte : attirer davantage de touristes ne remplit pas nécessairement les programmes de soins. [1]
Le rapport situe la région au troisième rang thermal français. Il compte 23 stations en 2026 et 24 établissements exploités en 2025. Derrière ce poids collectif, les situations restent inégales. En 2025, seules huit stations sur 23 dépassaient 4 000 curistes, niveau présenté comme un repère de viabilité économique. Ce n’est pas un seuil juridique déclenchant automatiquement une fermeture.

La difficulté tient au décalage entre l’activité et les charges. Une fréquentation réduite doit toujours financer l’exploitation, tandis que les équipements anciens demandent des investissements. La chambre ne prévoit pas, pour la plupart des stations, un retour rapide au niveau d’avant la crise sanitaire.
Deux cents millions d’économies envisagés, pas une baisse déjà appliquée
L’annexe du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 inscrit 200 millions d’euros d’économies liés à une baisse du taux de prise en charge des cures. Il s’agit de l’objectif du projet national, et non d’une somme déjà retirée aux stations régionales. Ce passage ne fixe pas le taux futur applicable à chaque curiste. [2]
Le précédent de 2026 explique la nervosité des élus. L’avis du Comité d’alerte reproduit dans la même annexe rappelle que la diminution envisagée pour ce budget, y compris pour les patients en affection de longue durée, avait été écartée pendant la discussion parlementaire. Le retour du dossier en 2027 ne constitue donc ni la mise en œuvre de l’ancienne mesure ni la preuve de son nouvel abandon.
À Aix-les-Bains, Renaud Beretti dénonce aussi l’incertitude avant toute décision. « Le simple fait d’annoncer le déremboursement fait s’interroger les curistes », explique le maire dans Le Dauphiné Libéré, après une déclaration du 13 octobre. Il décrit des personnes qui attendent avant de s’inscrire. C’est un signal d’attentisme rapporté par l’élu, pas une mesure chiffrée de l’effet national de l’annonce. [3]
Les communes ne financent pas seulement des bassins
Pour 2024, la chambre estime l’activité thermale régionale à 131 millions d’euros de chiffre d’affaires et 1 522 emplois directs en équivalent temps plein. Les villes concernées supportent aussi des charges de fonctionnement supérieures à celles de communes comparables. Le débat dépasse ainsi la seule facture médicale : il concerne l’activité locale et les investissements que les collectivités peuvent soutenir. [1]

Le soutien public est lui-même composé de plusieurs enveloppes. Les soins remboursés par la Sécurité sociale représentaient près de 53 millions d’euros dans la région en 2023. Les plans régionaux ont, de leur côté, permis le vote de plus de 100 millions d’euros d’investissements dans les stations et villes thermales. Sur cet ensemble, 35 millions sont directement consacrés au thermalisme. Le reste relève notamment du tourisme, du sport, de la culture et de l’aménagement.
Le bien-être attire d’autres publics, sans assurer à lui seul l’avenir
Proposer des séjours courts et des prestations de bien-être permet de chercher d’autres clients que les curistes conventionnés. Mais changer l’offre ne suffit pas à démontrer que le modèle devient rentable. La chambre indique que les données recueillies ne permettent pas d’affirmer que cette diversification assure la rentabilité et la pérennité de l’activité. [1]
Son autre demande est très concrète : connaître ce que rapporte et coûte chaque activité avant de décider de nouveaux investissements. Elle recommande une comptabilité permettant de séparer ces résultats, ainsi qu’un contrôle plus solide des contrats confiés aux exploitants. Les communes doivent notamment préparer les délégations qui arrivent à échéance en définissant le niveau de service attendu et les investissements à financer.
Sources et références
[1] Chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes — Les stations thermales de la région, publication du 15 octobre 2026.
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-stations-thermales-de-la-region-auvergne-rhone-alpes
[2] Direction de la Sécurité sociale — PLFSS 2027, annexe 5, construction de l’ONDAM et avis du Comité d’alerte.
https://www.securite-sociale.fr/files/live/sites/SSFR/files/medias/PLFSS/2027/PLFSS2027-Annexe5-vdef.pdf
[3] Le Dauphiné Libéré — Entretien et déclarations de Renaud Beretti, article du 14 octobre 2026.
https://www.ledauphine.com/economie/2026/10/14/deremboursement-des-cures-thermales-renaud-beretti-fustige-des-effets-d-annonces





