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Planche à découper, sachet de thé : pourquoi compter des particules ne dit pas tout de l’exposition aux plastiques

Le rapport EJF de septembre 2026 remet les plastiques du quotidien en débat. Des études de 2023 et 2024 montrent des particules libérées lors de la découpe ou de l’infusion en laboratoire. La migration chimique est un autre mécanisme ; ces mesures n’établissent pas un dommage clinique chez les utilisateurs.

Relu par Antoine BOUQUET
Planche à découper turquoise rayée et tasse de thé avec un sachet sur fond corail.

Le contact commence avant la première bouchée : la lame touche la planche, le sachet baigne dans l’eau, l’aliment reste contre son emballage. Ces situations peuvent ouvrir des voies d’exposition différentes. Dans son rapport Poison Plastics, paru en septembre 2026, l’Environmental Justice Foundation (EJF) remet en lumière les substances associées aux plastiques du quotidien. Pour comprendre ce qui se joue au repas, il faut séparer les fragments de matière, les molécules chimiques et les microbes. [1]

Sur la planche, la lame arrache des fragments

Une planche en plastique n’est pas seulement un support : sa surface reçoit les coups et les frottements du couteau. L’étude publiée le 23 mai 2023 dans Environmental Science & Technology a examiné les particules libérées par des planches en polyéthylène et en polypropylène, deux plastiques courants, en variant les gestes de découpe.

Dans ces essais, la quantité relâchée dépendait du matériau et de la façon de couper. Sur le polyéthylène, découper des carottes libérait davantage de particules que les essais sans carottes. Les fragments observés étaient majoritairement inférieurs à 100 micromètres, soit un dixième de millimètre. Il s’agit donc d’une abrasion mécanique, une usure par le geste, et non d’un plastique qui se dissout. [2]

Les auteurs ont ensuite projeté une exposition annuelle par personne à partir de leurs hypothèses d’usage. Pour le polyéthylène, leur estimation allait de 7,4 à 50,7 grammes de microplastiques. Ce n’est pas une quantité avalée mesurée chez des consommateurs : le chiffre transpose des résultats de découpe à un scénario annuel. Il ne donne ni la dose de votre repas ni la part qui serait absorbée par votre organisme.

Leur test préliminaire sur des cellules de souris n’a pas montré d’effet défavorable sur la viabilité cellulaire pendant 72 heures. Ce résultat décrit un modèle et une durée précis, pas les effets d’années d’utilisation d’une planche chez l’être humain. [2]

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Dans le thé, le matériau du sachet entre dans la mesure

L’infusion pose une autre question : que libère le sachet lorsqu’il est plongé dans l’eau ? Dans un communiqué du 19 décembre 2024, l’université autonome de Barcelone décrit une étude publiée dans Chemosphere, portant sur des sachets en polypropylène, en nylon-6 et en cellulose.

Pour les sachets en polypropylène étudiés, les chercheurs rapportent environ 1,2 milliard de particules par millilitre, d’une taille moyenne de 136,7 nanomètres. Le nylon-6 donnait un autre résultat : environ 8,18 millions de particules par millilitre, avec une taille moyenne de 138,4 nanomètres. Ces valeurs décrivent les conditions expérimentales et les matériaux testés, pas tous les sachets du commerce. [3]

Tasse de thé avec un sachet partiellement immergé ; cette scène ne permet pas d’identifier le polymère du sachet ni de mesurer des particules.
Les chiffres de l’étude portent sur des sachets testés au laboratoire, pas sur cette tasse.

La cellulose a, elle aussi, libéré des particules dans cette expérience. Mais c’est un polymère naturel, comme celui qui constitue les fibres végétales, et non un plastique synthétique. Regrouper indistinctement tous ces résultats sous l’étiquette « plastiques dans le thé » ferait perdre cette différence de composition.

Les particules ont ensuite été colorées et mises en contact avec des cellules intestinales humaines en culture au laboratoire. Certaines ont été internalisées, notamment dans des cellules produisant du mucus, et observées jusque dans le noyau cellulaire. L’expérience n’a pas consisté à faire boire du thé à des volontaires puis à analyser leur sang. Elle renseigne sur des interactions avec des cellules, sans établir un dommage clinique chez les buveurs. [3]

Un nombre de particules dans une infusion et une masse annuelle projetée pour une planche ne se comparent pas directement. Les unités, les tailles recherchées et les protocoles diffèrent : ces travaux ne permettent pas de désigner lequel des deux objets serait globalement « le plus dangereux ».

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Une poêle antiadhésive avec des légumes en cours de cuisson et une spatule en bois.

La migration chimique ne se compte pas comme les particules

Un fragment est un morceau du matériau. Une substance chimique associée au plastique peut, elle, passer vers le milieu en contact : c’est la migration. Le rapport EJF rappelle que nombre de ces substances ne sont pas liées chimiquement au polymère, la grande molécule qui forme le plastique. La température, l’acidité ou les propriétés de la substance influencent ce passage. Il peut se produire depuis un objet ou depuis des particules. [1]

Trois mécanismes au contact du repas : abrasion et fragments lors de la découpe, particules libérées à l’infusion selon le matériau, migration de substances chimiques. Une exposition ne démontre pas une maladie.
Schéma des mécanismes, sans comparaison de doses ni prédiction d’un effet sur la santé.

Cette distinction change la lecture de l’actualité :

  • Une mesure de particules indique un nombre, une taille ou une masse de fragments dans les conditions de l’essai.
  • Une recherche de substances chimiques porte sur des molécules et leurs concentrations, pas simplement sur le nombre de fragments.
  • Une contamination microbienne concerne des bactéries ou d’autres microorganismes transférés aux aliments ; elle demande des mesures d’hygiène spécifiques.

EJF a analysé les données de la base PlastChem pour cinq catégories d’usage, dont les plastiques au contact alimentaire. L’organisation indique que 79,2 % des substances de ce périmètre manquent d’informations permettant d’évaluer leur toxicité, l’exposition ou les deux. Parmi celles disposant d’informations sur ces deux aspects, elle classe 92,8 % à haut risque, en combinant toxicité connue ou suspectée et exposition élevée ou potentielle. Ce pourcentage concerne les substances évaluables, pas 92,8 % des objets d’une cuisine. Le rapport n’est pas un test de produits prélevés dans les magasins. [1]

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La question des PFAS dans un revêtement de poêle ou dans des œufs porte aussi sur des substances chimiques et leur parcours jusqu’au repas. Le comptage des fragments d’une planche ne mesure pas ces autres expositions alimentaires.

Pour les microbes, séparer les usages et laver les ustensiles

La présence possible de particules ne fait pas disparaître un autre enjeu de la préparation : éviter que les microorganismes des aliments crus passent vers ceux qui seront mangés sans nouvelle cuisson. Changer de matériau ne dispense pas de cette séparation.

L’Anses recommande une planche pour la viande et le poisson crus, et une autre pour les produits cuits et les légumes propres. Elle préconise aussi de se laver les mains à l’eau et au savon avant et pendant la préparation. Ce sont des conseils contre la contamination microbienne, pas une méthode démontrée pour supprimer les microplastiques. [4]

Les plats et ustensiles utilisés pour les aliments crus doivent être soigneusement lavés avant d’être réutilisés pour des aliments cuits, rappelle également l’Anses. Cette règle s’applique notamment au couteau : réserver une seconde planche ne suffit pas si la même lame transporte ensuite les résidus du cru vers le repas prêt à servir. [4]

Sources et références

[1] Environmental Justice Foundation — Poison Plastics, septembre 2026
https://ejfoundation.org/resources/downloads/Poison_Plastics_report.pdf

[2] Yadav et al. — Cutting Boards: An Overlooked Source of Microplastics in Human Food?, 23 mai 2023
https://portal.findresearcher.sdu.dk/en/publications/cutting-boards-an-overlooked-source-of-microplastics-in-human-foo/

[3] Universitat Autònoma de Barcelona — Commercial tea bags release millions of microplastics when in use, 19 décembre 2024
https://www.uab.cat/web/newsroom/news-detail/-1345830290613.html?detid=1345940427095

[4] Anses — Kitchen hygiene tips
https://www.anses.fr/en/article/kitchen-hygiene-tips

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