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Cadmium à Saint-Malo : potager, enfants, 10 ans sur place… qui peut être concerné par un dépistage après les analyses de sols ?

Après les analyses révélées le 15 octobre à Saint-Malo, un dosage urinaire peut se discuter selon le sol concerné, les habitudes de vie et la durée de séjour. Les repères de la HAS ne déclenchent pas une campagne automatique pour toute la ville.

Relu par Antoine BOUQUET
Illustration conceptuelle associant un échantillon de terre et un récipient de prélèvement urinaire.

Un résultat dans la terre ne désigne pas encore les personnes à tester

L’enquête publiée par Splann ! le 15 octobre 2026 rapporte des analyses de sols réalisées par l’Institut de physique du globe de Paris, à l’initiative de la Communauté professionnelle territoriale de santé de Saint-Malo. Plusieurs points se trouvent dans des secteurs résidentiels, notamment autour de la rue Hochelaga et entre le lycée Maupertuis et l’hôpital. C’est un signal qui mérite d’être relié aux usages réels des lieux, pas seulement à leur adresse. [1]

Une précision change la lecture des chiffres : la première méthode mesurait le cadmium bioassimilable, c’est-à-dire la fraction susceptible de franchir les barrières digestives. Le chercheur Alexander van Geen explique à Splann ! qu’elle diffère de la méthode sur laquelle reposent les seuils de la Haute Autorité de santé (HAS). Sur 13 prélèvements réanalysés par fluorescence à rayons X, il rapporte des résultats en moyenne deux fois plus élevés. Cette moyenne ne permet pas de convertir chaque prélèvement en le multipliant par deux.

Les valeurs de 1,44 mg/kg à l’angle des rues Hochelaga et du Groenland, ou de 0,514 mg/kg entre le lycée et l’hôpital, sont donc à lire avec cette différence de méthode. Elles situent des points à examiner, mais ne mesurent ni le cadmium absorbé par un habitant ni l’exposition de tout un quartier. Pour passer du signal environnemental au dépistage, il faut connaître le sol concerné et la manière dont une personne y vit. [1]

En ce moment

À 0,5 ou 1 mg/kg, la HAS associe le sol aux habitudes de vie

Les repères de la HAS sont exprimés en milligrammes de cadmium par kilogramme de matière sèche du sol. Ils servent à repérer des situations de surexposition possible liée au lieu de résidence. Ce ne sont pas des résultats médicaux individuels, ni une règle qui imposerait un test à tous les habitants d’une ville dès qu’un prélèvement dépasse 0,5 mg/kg. [3]

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Repères de dépistage présentés par la HAS pour les personnes résidant sur un site pollué [3]
Teneur du solSituations particulièrement concernées
0,5 mg/kg de matière sècheEn particulier les personnes qui consomment des végétaux de jardins individuels ou de cueillette sur le site, ainsi que celles qui se rongent les ongles ou mangent de la terre.
1 mg/kg de matière sècheLes mêmes situations, auxquelles s’ajoutent notamment les enfants de moins de 7 ans et les personnes ayant séjourné sur le site au moins 10 ans au total, ou 5 ans si le séjour a commencé avant 7 ans.

La durée est cumulée : le repère porte sur le temps effectivement passé sur le site, avec une attention particulière lorsque ce séjour a commencé pendant la petite enfance. L’autoconsommation compte aussi. Avoir un jardin n’est pas la même chose qu’en manger régulièrement les légumes, et habiter près d’un point de prélèvement ne renseigne pas, à lui seul, sur le sol de son propre potager.

Trois étapes pour distinguer le signal dans le sol, l’évaluation médicale et le dosage urinaire.
Le dosage urinaire mesure l’imprégnation ; sa pertinence dépend des conditions d’exposition.

C’est là que se situe la question utile pour les riverains : non pas « ma commune est-elle concernée ? », mais « les caractéristiques de mon lieu de vie et mes usages correspondent-ils à une situation de dépistage ? ». Les analyses locales doivent aider à documenter cette réponse. Un point mesuré dans une rue ne fournit pas encore la même information qu’une caractérisation du terrain où l’on cultive ou où joue un enfant.

Une patiente échange avec un médecin, un verre d’eau au premier plan.

Le médecin peut examiner une situation sans attendre une campagne générale

Interrogée par Le Pays Malouin le 16 octobre, l’ARS de Bretagne ne recommande ni restriction particulière ni dépistage systématique à Saint-Malo, au vu des données qui lui ont été transmises. Son directeur adjoint, Axel Maybon, précise toutefois qu’un médecin peut demander une mesure du cadmium dans les urines lorsqu’il l’estime médicalement justifiée. L’absence de campagne générale ne ferme donc pas l’évaluation individuelle. [2]

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Pour cette évaluation, plusieurs informations ont une utilité directe : le lieu précis de résidence ou de séjour, les périodes passées sur place, l’âge au début de ce séjour, la consommation de produits du jardin ou de cueillette et les contacts possibles avec la terre. Chez un jeune enfant, les gestes qui portent les mains ou la terre à la bouche font partie de l’histoire d’exposition. Ces éléments permettent au médecin de rapprocher une situation concrète des repères de la HAS, plutôt que de décider à partir du seul nom de Saint-Malo. [3]

Échange en consultation autour des habitudes de jardinage et du lieu de résidence.
Le lieu de résidence, les aliments du jardin et le temps passé sur place éclairent l’évaluation médicale.

Le dosage urinaire mesure l’imprégnation, pas la pollution du quartier

La HAS retient le dosage du cadmium dans les urines pour mesurer l’imprégnation de l’organisme, autrement dit la présence du métal dans le corps. L’analyse répond ainsi à une autre question que le prélèvement de terre. Elle ne suffit pas, à elle seule, à identifier l’origine de l’exposition ou à diagnostiquer une maladie. [3]

Les unités changent également : le résultat urinaire est exprimé en microgrammes par gramme de créatinine, et non en milligrammes par kilogramme de sol. La créatinine sert de référence dans la mesure urinaire. La HAS prévoit de considérer la charge corporelle comme trop élevée lorsque deux dosages successifs, espacés de quelques semaines, dépassent la valeur de référence pour l’âge. Une comparaison directe avec le chiffre lu sur une analyse de terre n’a donc pas de sens.

Un dépassement conduit ensuite à une prise en charge graduée. Selon le niveau mesuré, le médecin recherche notamment des carences qui favorisent l’absorption du cadmium et adapte le suivi. Au-delà de 1 microgramme par gramme de créatinine, la HAS prévoit des examens complémentaires pour rechercher en particulier une atteinte rénale. Il faut distinguer ce seuil urinaire du repère de 1 mg/kg dans le sol : ils ne mesurent ni la même chose ni dans le même milieu. [3]

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Les investigations annoncées doivent préciser les lieux et les usages

Dans l’entretien du 16 octobre, l’ARS indique travailler avec les collectivités à une nouvelle étude pour mieux caractériser la situation. Elle précise ne pas disposer de l’ensemble des prélèvements réalisés. L’enjeu, pour le dépistage, est de mieux relier les concentrations mesurées aux lieux fréquentés et aux possibilités d’exposition. La question de l’air reste distincte : les médecins interrogés par Splann ! réclament des investigations complémentaires, car un prélèvement de sol ne donne pas une concentration dans l’air. [1][2]

La HAS prévoit aussi des mesures de réduction de l’exposition dans les situations de sols pollués : varier l’origine des aliments et limiter la consommation de végétaux cultivés ou cueillis sur le site. Pour les enfants de moins de 7 ans, elle recommande notamment le lavage fréquent des mains, des ongles courts et un nettoyage humide des surfaces afin de limiter l’ingestion de terre et de poussières. Ce cadre de prévention pour les sites concernés est distinct d’une restriction municipale de consommation, que l’ARS ne recommandait pas à Saint-Malo dans sa déclaration du 16 octobre. [2][3]

Sources et références

[1] Splann ! — enquête sur les sols de Saint-Malo et précisions du chercheur sur les méthodes d’analyse, 15 octobre 2026
https://splann.org/saint-malo-pollution-cadmium/

[2] Le Pays Malouin / actu.fr — entretien avec l’ARS de Bretagne, 16 octobre 2026
https://actu.fr/bretagne/saint-malo_35288/que-disent-les-analyses-de-cadmium-dans-les-sols-de-saint-malo-lars-repond-enfin_64936983.html

[3] Haute Autorité de santé — Dépistage, prise en charge et suivi des personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3367010/fr/depistage-prise-en-charge-et-suivi-des-personnes-potentiellement-surexposees-au-cadmium-du-fait-de-leur-lieu-de-residence

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