Aller au contenu

Réveillé la nuit et impossible de se rendormir ? Au-delà de 30 minutes, 3 nuits par semaine, c’est le cas d’un adulte sur trois en France

Plus de 30 minutes éveillé la nuit, au moins 3 nuits par semaine : 33,1 % des adultes sont dans ce cas en 2024, 43,4 % des femmes de 70 à 79 ans. Ce que prévoit la HAS avant un somnifère.

Relu par Antoine BOUQUET
Une femme d'une soixantaine d'années allongée dans son lit, éveillée dans la pénombre d'une chambre la nuit, regarde le plafond.
Éveillée en pleine nuit, les yeux au plafond : en 2024, 43,4 % des femmes de 70 à 79 ans mettent plus de 30 minutes à s'endormir ou restent éveillées plus de 30 minutes la nuit, au moins 3 nuits par semaine.

Se réveiller en pleine nuit, souvent vers 3 heures, puis tourner dans son lit sans retrouver le sommeil : la scène revient dans plusieurs articles cette semaine, avec les trois réflexes que propose le Pr Pierre Philip, chef du service de médecine du sommeil au CHU de Bordeaux [1]. Reste une question que ces conseils laissent ouverte : à partir de quand un réveil nocturne devient-il un vrai problème de sommeil ? Santé publique France utilise un seuil précis, et les chiffres de son dernier Baromètre montrent que un adulte sur trois le dépasse, et 43,4 % des femmes de 70 à 79 ans [2].

Se réveiller la nuit est normal, rester éveillé longtemps l’est beaucoup moins

Les éveils font partie d’une nuit ordinaire. « Physiologiquement, à l’âge adulte, on a à peu près 5 % d’éveil au cours de la nuit », rappelle le Pr Philip [1]. Sur sept heures passées au lit, cela représente environ 21 minutes d’éveil réparties sur la nuit, en courts épisodes que l’on oublie le plus souvent au matin. Le bruit, la lumière ou une chambre trop chaude amplifient ces éveils jusqu’à ce qu’on en prenne conscience.

L’heure de 3 heures n’a rien de magique : elle est surtout devenue le symbole de ces réveils à répétition [4]. Certaines reprises l’expliquent par un « pic de cortisol » survenant vers 3 h 40. L’étude d’où vient ce chiffre, menée en laboratoire sur 34 adultes réveillés à des heures programmées, dit autre chose : c’est la hausse de cortisol déclenchée par un réveil qui est la plus forte vers cette heure interne, alors que le taux de cortisol lui-même culmine vers l’heure habituelle du lever [5]. Elle n’a pas étudié les réveils spontanés de la nuit.

En ce moment

Pour mesurer les nuits vraiment perturbées, le Baromètre de Santé publique France retient un critère simple : mettre en moyenne plus de 30 minutes à s’endormir, ou rester éveillé plus de 30 minutes pendant la nuit, au moins 3 nuits par semaine [2]. Les auteurs parlent de « plainte d’insomnie ». Ce n’est pas encore le diagnostic d’insomnie chronique posé par un médecin, qui tient compte aussi de la fatigue, de l’irritabilité ou des troubles de concentration dans la journée, et de la durée du trouble. Cette forme chronique toucherait près de 15 % des adultes [2].

À lire aussi :  Arthropathie acromioclaviculaire professionnelle : les soins

Un adulte sur trois au-dessus du seuil, et l’écart entre femmes et hommes se creuse avec l’âge

Le Baromètre 2024, publié en décembre 2025 à partir des réponses de 34 940 adultes de 18 à 79 ans en France hexagonale et dans quatre départements d’outre-mer, chiffre cette plainte d’insomnie à 33,1 % [2]. Elle concerne davantage les femmes (37,7 %) que les hommes (28,2 %), et la différence ne reste pas stable au fil de la vie :

  • Chez les femmes, la part augmente presque régulièrement avec l’âge, de 31,7 % à 18-29 ans jusqu’à 43,4 % à 70-79 ans.
  • Chez les hommes, elle reste autour de 25 % jusqu’à 49 ans, puis autour de 30 % entre 50 et 79 ans.
  • L’écart entre les deux passe ainsi de 5,4 points chez les 18-29 ans à 13,6 points chez les 70-79 ans, un écart multiplié par 2,5 selon notre calcul.
Infographie : part des adultes en plainte d'insomnie selon l'âge et le sexe en 2024, de 26,3 % à 43,4 %, les groupes les plus touchés et les recommandations de la HAS sur la thérapie comportementale et les somnifères.
Chez les femmes, la plainte d’insomnie passe de 31,7 % à 18-29 ans à 43,4 % à 70-79 ans ; chez les hommes, elle ne dépasse pas 31,8 %. Infographie : Centre CLÉA, d’après le Baromètre 2024 de Santé publique France et la Haute Autorité de santé.

Santé publique France décrit des raisons multiples à ce sommeil plus fragile chez les femmes, à la fois biologiques, avec les règles et la ménopause, et psychologiques [2]. Selon l’Assurance Maladie, 43 % à 69 % des femmes ménopausées déclarent des troubles du sommeil, souvent liés aux bouffées de chaleur, aux sueurs nocturnes ou à des envies d’uriner plus fréquentes [6]. Les femmes de 70 à 79 ans dorment aussi en moyenne 17 minutes de moins que les hommes du même âge [2].

Préparation d’une assiette de légumes, légumineuses et céréales dans une cuisine.

L’âge et le sexe ne sont pas les seuls facteurs. Les difficultés financières pèsent encore davantage que l’âge : la plainte d’insomnie touche 24,8 % des personnes qui se disent à l’aise financièrement, mais 45,8 % de celles qui déclarent s’en sortir difficilement ou avec des dettes, et 50,5 % des femmes dans cette situation [2]. Elle atteint aussi 38,8 % chez les employés, contre 26,4 % chez les cadres, et 36,8 % chez les personnes qui vivent seules.

À lire aussi :  Comment trouver facilement une pharmacie de garde en ligne ?

Changer ses nuits avant de prendre un comprimé : ce que prévoit la HAS

Les trois réflexes du Pr Philip ne sont pas des astuces isolées : ils reprennent des techniques de la thérapie cognitive et comportementale de l’insomnie [1]. Il conseille une chambre calme et sombre, à 17-18 °C. Il propose aussi de réduire un peu le temps passé au lit, autour de 7 heures, voire 6 h 45 pour un adulte, afin d’approfondir le sommeil. Enfin, si l’on reste éveillé plus de 15 minutes, il recommande de sortir du lit et de n’y revenir qu’au retour de la fatigue, pour que le lit ne reste pas associé à l’attente du sommeil.

Illustration : une personne en pyjama lit un livre dans un fauteuil sous une petite lampe, une tasse posée à côté, tandis que le lit vide reste visible dans la chambre sombre.
Se lever et lire au calme sous une lumière douce, puis revenir au lit quand la fatigue revient : c’est le principe du « contrôle du stimulus » recommandé quand l’éveil dure plus d’un quart d’heure.

La Haute Autorité de santé (HAS) place ces approches avant les médicaments. Devant toute insomnie qui n’est plus occasionnelle, la thérapie cognitive et comportementale est à proposer en première intention, et les traitements non médicamenteux doivent précéder la prescription d’un somnifère de la famille des benzodiazépines [3]. Ses règles pour ces comprimés sont strictes :

  • ils sont réservés à l’insomnie occasionnelle ou transitoire, pour une durée de 4 semaines au maximum, réduction progressive de la dose comprise ;
  • aucune benzodiazépine n’est indiquée dans l’insomnie chronique, celle qui dure plus de 3 mois ; seul le daridorexant, un médicament d’une autre famille, l’est aujourd’hui ;
  • leur effet est faible, avec des risques de troubles de la mémoire, de somnolence, de chutes et de dépendance, et l’arrêt peut provoquer un rebond d’insomnie.

Chez les personnes âgées, la HAS rappelle que le sommeil devient naturellement plus léger et plus fragmenté. Elle recommande de privilégier les traitements sans médicament, de rester actif dans la journée, de garder un rythme régulier et de retarder l’heure du coucher plutôt que de se mettre au lit tôt [3]. Les autres règles de base valent à tout âge : horaires réguliers, pas de caféine, d’alcool ni de nicotine le soir, une activité physique plutôt avant 17 heures et des siestes de moins d’une heure, pas après 16 heures.

À lire aussi :  Dysplasie fémoropatellaire : causes, symptômes et solutions
Personne âgée au bord de son lit, près d’une lampe allumée et d’un passage vers les toilettes.

Certains réveils répétés signalent aussi un autre trouble qu’il faut rechercher. Parmi les erreurs à éviter, la HAS cite le fait de passer à côté d’une dépression ou d’une apnée du sommeil, que trahissent des ronflements sonores, une somnolence dans la journée ou des maux de tête au réveil [3]. Dans ces situations, traiter la cause compte davantage que la recherche d’un sommeil plus profond.

Sources et références

[1] Léna Berail / Madame Figaro — Réveil en pleine nuit ? Les réflexes d'un médecin du sommeil pour les contrer, 21 octobre 2026
https://madame.lefigaro.fr/bien-etre/forme-detente/reveil-en-pleine-nuit-les-reflexes-d-un-medecin-du-sommeil-pour-les-contrer-20261021

[2] Gautier A, Léon C, Andler R, Léger D / Santé publique France — Sommeil : temps moyen sur 24 heures et plainte d'insomnie. Baromètre de Santé publique France : résultats de l'édition 2024, décembre 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/cadic_files/documents/spf00006353.pdf

[3] Haute Autorité de santé — Quelle place pour les benzodiazépines dans l'insomnie ?, fiche de bon usage du médicament
https://www.has-sante.fr/jcms/c_2015058/fr/quelle-place-pour-les-benzodiazepines-dans-l-insomnie

[4] Julie Vaisse / Cosmopolitan — Vous vous réveillez tous les jours à 3 heures du matin après 45 ans ? Voici pourquoi cela peut arriver, 19 octobre 2026
https://www.cosmopolitan.fr/vous-vous-reveillez-tous-les-jours-a-3-heures-du-matin-apres-45-ans-voici-pourquoi-cela-peut-arriver,2167396.asp

[5] Bowles NP et al. — The circadian system modulates the cortisol awakening response in humans, Frontiers in Neuroscience, 2022
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9669756/

[6] Assurance Maladie — Ménopause et troubles du sommeil : pourquoi ?
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/menopause/le-sommeil-la-menopause/menopause-et-troubles-du-sommeil-pourquoi

Dans la même rubrique