Le vaccin anticancer UCPVax, développé au CHU de Besançon avec le laboratoire UMR Right, revient dans l’actualité après la présentation de ses avancées à Paris, le 20 octobre. L’équipe lance une levée de fonds de 6 millions d’euros pour poursuivre les essais. Dans les reprises médiatiques, une formule retient l’attention : il « fonctionne dans plus de 80% des cas », rapporte RMC. Pour un patient ou un proche, tout dépend pourtant de ce que l’on appelle « fonctionner ». [1][2]
Ce chiffre mesure une réponse immunitaire, pas un taux de guérison. Les résultats sur les tumeurs et la survie méritent d’être regardés séparément, car ils diffèrent selon les cancers, les traitements associés et les essais.
Les « 80 % » disent que l’immunité réagit, pas que le cancer disparaît
Sur son site, le programme précise que 80 % des patients vaccinés ont développé une réponse immunitaire. Autrement dit, des analyses de sang montrent l’activation de défenses dirigées contre la cible du vaccin. Ce n’est ni la proportion de tumeurs qui régressent, ni celle des personnes guéries. [3]
Le premier essai publié dans le Journal of Clinical Oncology permet de comprendre la différence. Chez des patients atteints d’un cancer du poumon avancé, la réponse immunitaire recherchée était observée chez 56 % après la troisième dose et 87,2 % après la sixième. Dans cette même publication, le contrôle de la maladie atteignait 39 %, essentiellement par stabilisation. Une réponse biologique fréquente peut donc coexister avec un effet clinique beaucoup moins fréquent. [4]
UCPVax est un vaccin thérapeutique : il s’adresse à des personnes déjà malades. Il cible la télomérase, une enzyme présente dans la grande majorité des cancers, qui sert ici de repère à faire reconnaître aux défenses immunitaires. Il active les lymphocytes T CD4, des cellules « chefs d’orchestre » capables de coordonner d’autres acteurs de l’immunité. [3]
En ce moment
Le Pr Olivier Adotevi, qui pilote le programme, l’explique ainsi : « Le système immunitaire est comme une armée : il y a les soldats et les officiers. Notre vaccin stimule les officiers, pour qu’ils ordonnent à tous les soldats d’attaquer la tumeur. » Une publication dans Cell Reports Medicine en 2025 décrit aussi une production d’anticorps et un élargissement de la réponse immunitaire. Le terme « universel » désigne cette cible largement partagée, pas une efficacité acquise contre tous les cancers. [3][5]

Dans le poumon, 39 % de contrôle de la maladie et une réponse complète
La publication du Journal of Clinical Oncology, parue dans le numéro de janvier 2023, porte sur 59 patients dont 95 % avaient déjà reçu trois lignes de traitement. Elle rapporte 20 stabilisations et une réponse complète, c’est-à-dire la disparition des signes détectables du cancer. Une réponse complète ne signifie pas automatiquement une guérison définitive. La survie médiane de l’ensemble des patients était de 9,7 mois. [4]
Elle atteignait 11,6 mois chez les personnes ayant développé une réponse immunitaire, contre 5,6 mois chez les autres. Ce n’est pas une comparaison entre vaccinés et non-vaccinés : tous avaient reçu UCPVax. Ceux dont l’immunité répond peuvent aussi être en meilleur état général. Cet écart ne permet donc pas d’attribuer au vaccin un gain de six mois de vie. [4]
Ces chiffres sont ceux des 59 patients de la publication, et non du bilan plus large présenté aujourd’hui sur le site du programme. Leur intérêt est de documenter ensemble l’activation immunitaire et les observations sur la maladie, sans confondre les deux.
Glioblastome et cancers liés au HPV : des survies longues et des rémissions
Dans UCPVax-Glio, 61 patients ont été traités après chirurgie et radiochimiothérapie pour un glioblastome nouvellement diagnostiqué, une tumeur cérébrale très agressive. Ils recevaient le vaccin avec ou sans témozolomide, une chimiothérapie. Plus de 90 % ont développé la réponse immunitaire ciblée. Huit étaient en vie deux ans après la fin du traitement, et six près de trois ans après. Les résultats préliminaires ont été présentés à l’ASCO en 2025, les résultats finaux sont en cours de publication. [6]

Ces parcours donnent un visage à l’espoir. Wanda, atteinte d’une tumeur cérébrale agressive et participante à un essai, confie à RMC : « Ce vaccin, c’est vraiment un espoir pour nous. » Pour apprécier le bénéfice à l’échelle des patients, il manque toutefois dans cet essai un groupe comparable ne recevant pas le vaccin. [2][6]
L’essai VolATIL concernait 47 patients en échec thérapeutique, atteints de cancers avancés liés au papillomavirus humain, ou HPV : col de l’utérus, canal anal ou sphère ORL. UCPVax était associé à l’atezolizumab, une immunothérapie. L’équipe annonce six rémissions complètes et 18 patients en vie plus de deux ans après la fin du traitement. Ces résultats ne sont pas encore publiés et, sans groupe témoin, on ne peut isoler l’apport du vaccin de celui de l’association. [7]
Optim-UCPVax rappelle qu’une association peut échouer
Un autre résultat compte dans ce bilan : l’essai Optim-UCPVax, absent des reprises citées plus haut. Il concernait des cancers du poumon métastatiques ayant résisté d’emblée à une première chimio-immunothérapie. Sur 46 patients traités après tirage au sort, 32 ont reçu UCPVax avec le nivolumab, une immunothérapie, et 14 une chimiothérapie. [8]
Le site du programme indique explicitement que l’association ne s’est pas montrée efficace. Le contrôle de la maladie atteignait 15,6 % avec UCPVax et nivolumab, contre 78,6 % sous chimiothérapie. La survie médiane était respectivement de 7,1 et 9,7 mois. Présenté à l’ESMO en 2025, cet essai de phase II est dit « non comparatif » : malgré le tirage au sort, il n’était pas conçu pour établir formellement la supériorité d’un groupe sur l’autre. Ses petits effectifs et cette population particulière limitent la portée des écarts, mais son résultat négatif doit faire partie du tableau. [8]
Les prochains essais doivent mesurer ce qu’ajoute le vaccin
La question décisive est désormais celle du bénéfice par rapport aux traitements existants. UCPVax-Lung-02, en préparation, prévoit de comparer vaccin et chimiothérapie à la chimiothérapie seule. Dans le cancer du foie, l’essai comparatif TERTIO est en cours, avec une fin prévue en 2027. Pour le glioblastome, MATVAC-1 prépare une nouvelle étape de phase II randomisée, c’est-à-dire avec répartition des patients par tirage au sort. [9][10]
Les doses sont fabriquées par la pharmacie du CHU de Besançon. Le programme cherche aussi à financer deux essais de phase III, destinés à confirmer les résultats à plus grande échelle : environ 250 patients dans le glioblastome et 200 dans les cancers liés au HPV. Ces études restent des projets en recherche de financement, pas des essais de phase III déjà lancés. [3][9]

2029 et 2032 sont des objectifs, pas des dates de disponibilité
Le calendrier officiel vise une demande d’accès précoce dans le glioblastome en 2029, puis une demande d’autorisation de mise sur le marché en 2032. Il s’agit de dépôts envisagés, soumis aux résultats et à l’évaluation des autorités sanitaires, non d’autorisations promises. [3]
La levée de fonds annoncée vise 6 millions d’euros. Au lancement, 1,5 million était déjà engagé, soit 25 % de l’objectif, apporté par le Crédit Agricole, premier mécène. La collecte passe par le Fonds Phisalix, fonds de dotation du CHU. Cet argent doit notamment soutenir la fabrication des doses et la poursuite du développement clinique. [11]
Pour les patients, l’accès passe uniquement par un essai ouvert
UCPVax n’est pas disponible hors essais cliniques. L’oncologue peut vérifier si une étude ouverte correspond au type de cancer, aux traitements déjà reçus et à l’état de santé de la personne. Le registre des essais cliniques de l’Institut national du cancer permet de consulter les possibilités de recrutement, dont le statut peut évoluer. [9]

Pour des informations générales sur les essais et les démarches, Cancer info est joignable au 0 805 123 124, service et appel gratuits. Participer suppose un consentement libre et éclairé. Un patient peut refuser ou quitter un essai à tout moment, sans conséquence sur la qualité de ses soins. [9]
Sources et références
[1] Pierre Laurent, L’Est Républicain — Vaccin anti-cancer : les résultats probants du CHU de Besançon, 20 octobre 2026
https://www.estrepublicain.fr/sante/2026/10/20/vaccin-anti-cancer-les-resultats-probants-du-chu-de-besancon
[2] Louise Sallé, RMC — « C’est vraiment un espoir » : les résultats prometteurs du vaccin anticancer UCP-Vax développé à Besançon, 21 octobre 2026
https://rmc.bfmtv.com/actualites/societe/sante/c-est-vraiment-un-espoir-les-resultats-prometteurs-du-vaccin-anticancer-ucp-vax-developpe-a-besancon_AV-202610210173.html
[3] CHU Besançon Franche-Comté, programme UCPVax — Le projet, consulté le 22 octobre 2026
https://ucpvax.org/le-projet/
[4] Olivier Adotévi et coll., Journal of Clinical Oncology — Safety, Immunogenicity, and 1-Year Efficacy of Universal Cancer Peptide-Based Vaccine in Patients With Refractory Advanced Non-Small-Cell Lung Cancer: A Phase Ib/Phase IIa De-Escalation Study, janvier 2023 (en ligne le 7 septembre 2022)
https://doi.org/10.1200/JCO.22.00096
[5] Caroline Laheurte et coll., Cell Reports Medicine — UCPVax, a CD4 helper peptide vaccine, induces polyfunctional Th1 cells, antibody response, and epitope spreading to improve antitumor immunity, 20 juin 2025
https://doi.org/10.1016/j.xcrm.2025.102196
[6] CHU Besançon Franche-Comté, programme UCPVax — UCPVax-Glio, consulté le 22 octobre 2026
https://ucpvax.org/essais-cliniques/ucpvax-glio/
[7] CHU Besançon Franche-Comté, programme UCPVax — VolATIL, consulté le 22 octobre 2026
https://ucpvax.org/essais-cliniques/volatil/
[8] CHU Besançon Franche-Comté, programme UCPVax — Optim-UCPVax, consulté le 22 octobre 2026
https://ucpvax.org/essais-cliniques/optim-ucpvax/
[9] CHU Besançon Franche-Comté, programme UCPVax — Les essais cliniques, consulté le 22 octobre 2026
https://ucpvax.org/essais-cliniques/
[10] CHU Besançon Franche-Comté, programme UCPVax — TERTIO, consulté le 22 octobre 2026
https://ucpvax.org/essais-cliniques/tertio/
[11] CHU Besançon Franche-Comté, programme UCPVax — UCPVax — résultats, calendrier et levée de fonds, consulté le 22 octobre 2026
https://ucpvax.org/







