La campagne de vaccination contre la grippe et le Covid-19 a ouvert le 13 octobre 2026 dans l’Hexagone et aux Antilles-Guyane. Alors que les virus grippaux circulent encore peu dans l’Hexagone, faut-il déjà se faire vacciner ? Le calendrier des pics sur 15 hivers éclaire l’intérêt de cette avance. Mais les données de couverture révèlent un autre enjeu : beaucoup de personnes à risque restent à l’écart de la vaccination. [1][4][5]
Dans son bulletin du 14 octobre, portant sur la semaine du 5 au 11 octobre, Santé publique France situe les indicateurs de grippe à leur niveau de base dans toutes les régions hexagonales, avec des détections sporadiques. Le Covid-19 circule activement, avec un faible impact sur le recours aux soins. La situation diffère dans l’océan Indien : La Réunion connaît une épidémie de grippe depuis fin août et Mayotte est en pré-épidémie depuis septembre. [1]
Sur 15 hivers, aucun pic de consultations avant la mi-décembre
Selon nos calculs à partir des données du réseau Sentinelles, de l’Inserm et de Sorbonne Université, 12 pics sur 15 se situent entre janvier et mars. Les 3 autres tombent dans la deuxième quinzaine de décembre. Le plus précoce correspond à la semaine commençant le 15 décembre 2025, pour l’hiver 2025-2026. Le plus tardif correspond à celle du 28 mars 2022. [5]
Nous avons recherché le maximum hebdomadaire de chaque saison, de la semaine 30 à la semaine 29 suivante, entre les hivers 2010-2011 et 2025-2026. L’hiver 2020-2021, sans épidémie grippale, a été exclu. Cet indicateur mesure les consultations pour syndrome grippal en médecine générale, pas uniquement les grippes confirmées par un test. Depuis 2020, d’autres virus respiratoires, dont le SARS-CoV-2, peuvent aussi contribuer à ces consultations. Et le pic n’est pas le début de l’épidémie : celle-ci commence plusieurs semaines avant. [5]
En ce moment

Ce calendrier explique l’intérêt d’une campagne ouverte en octobre plutôt qu’au cœur de la vague. L’organisme a besoin de 2 semaines après la vaccination pour former les anticorps nécessaires, rappelle Service Public, qui recommande de se faire vacciner avant la circulation active des virus grippaux. Le faible niveau de circulation observé début octobre constitue donc une période pour anticiper, pas un argument pour attendre le pic. Les hivers passés ne fixent toutefois pas la date de la prochaine vague. [1][2]
En 2025, les 65 ans et plus restent à 18,3 points de l’objectif
Les données ouvertes de Santé publique France donnent une couverture antigrippale de 56,7 % chez les 65 ans et plus en 2025, contre 53,7 % en 2024. Cette hausse de 3 points laisse encore un écart de 18,3 points avec l’objectif de 75 % rappelé par l’agence. Nous avons calculé ces deux écarts à partir des données de Santé publique France. [3][4]
Le recul historique tempère aussi l’idée d’une progression continue. Dans la série 2016-2025, la couverture passe de 50,0 % en 2016 à un maximum de 59,9 % en 2020, puis à 56,7 % en 2025. Selon nos calculs sur cette série, le dernier niveau reste ainsi 3,2 points sous celui de 2020. Ces dates désignent les années de mesure du jeu de données, et non des saisons renommées. [4]
Pour les patients vivant avec une maladie chronique, le chiffre le plus préoccupant se trouve ailleurs : chez les moins de 65 ans à risque, la couverture n’est que de 28,9 % en 2025, contre 25,3 % en 2024. Autrement dit, moins de 3 personnes concernées sur 10 sont vaccinées. Réduire la campagne à une affaire de grand âge laisse dans l’ombre cette population, pourtant ciblée par les recommandations. [2][4]
À Blois, l’activité en pharmacie ne raconte pas toute la couverture
La pharmacie constitue l’un des lieux possibles de vaccination, aux côtés du médecin, de l’infirmier ou de la sage-femme. [2] À Blois, La Nouvelle République rapporte le 20 octobre les propos d’Olivier Gozé, gérant de la pharmacie des Trois-Clefs : « On a des taux beaucoup plus élevés que l’an passé ». Ce témoignage local décrit un début de campagne dans une officine, tandis que les données départementales permettent de mesurer la part de la population vaccinée l’année précédente. [6]

En Loir-et-Cher, 57,9 % des personnes de 65 ans et plus étaient vaccinées contre la grippe en 2025, et 31,6 % des moins de 65 ans à risque. Chez les aînés, la couverture départementale était de 61,8 % en 2020. Selon nos calculs à partir de l’open data de Santé publique France, aucun des 99 départements renseignés n’atteint 75 % en 2025. Seuls 18 atteignent ou dépassent 60 %. [4]
| Département | Part vaccinée | Écart à l’objectif de 75 % |
|---|---|---|
| Finistère | 66,8 % | 8,2 points |
| Loir-et-Cher | 57,9 % | 17,1 points |
| Seine-Saint-Denis | 46,4 % | 28,6 points |
| Martinique | 12,5 % | 62,5 points |
Source : Santé publique France, données départementales ouvertes pour 2025. Nous avons calculé les écarts en soustrayant la couverture de l’objectif de 75 %. Le Finistère présente la couverture la plus élevée des départements renseignés. Mayotte et La Réunion n’ont pas de valeur dans cette comparaison. [3][4]

Grippe et Covid-19 : deux vaccins possibles le même jour
La campagne conjointe permet aux personnes éligibles aux deux vaccinations de recevoir les injections le même jour, sur deux zones distinctes du corps. Si les injections sont séparées, aucun délai minimal n’est requis entre les deux vaccins. Cela ne supprime pas les délais propres au rappel contre le Covid-19 après une infection ou une précédente dose. [2]
- Pour la grippe, les publics ciblés comprennent notamment les 65 ans et plus, les personnes de moins de 65 ans ayant certaines maladies chroniques et les femmes enceintes. La recommandation concerne aussi l’entourage des personnes immunodéprimées, au titre de leur protection indirecte.
- Pour le Covid-19, Service Public rappelle un délai de 6 mois après la dernière injection ou infection, ramené à 3 mois pour les personnes immunodéprimées et celles de 80 ans et plus. Ces repères nationaux distinguent les situations sans déterminer à eux seuls le calendrier individuel. [2]
La rumeur du vaccin qui « donne la grippe » détourne une étude de son sens
Une autre confusion peut peser sur la décision : présenter une grippe survenue chez une personne vaccinée comme une infection causée par le vaccin. Dans un fact-check du 16 avril 2025, AFP Factuel a examiné des publications affirmant qu’une étude de la Cleveland Clinic prouvait que le vaccin augmentait le risque d’attraper la grippe. Cette interprétation est fausse, expliquait la clinique à l’AFP. [7]
Au moment du fact-check, le travail était une prépublication non encore relue par d’autres chercheurs. Il portait sur des salariés d’un établissement de santé, relativement en bonne santé, avec très peu de personnes âgées ou immunodéprimées. Des différences d’exposition au virus pouvaient notamment contribuer à l’écart observé entre vaccinés et non-vaccinés. Le travail évaluait les infections, pas les formes graves ni les hospitalisations. Il ne permettait donc pas d’attribuer au vaccin les infections constatées, ni de transposer directement ses résultats aux patients les plus fragiles. [7]

L’AFP rappelait aussi que l’efficacité varie selon les saisons et les populations. Pour 2024-2025, elle rapportait une estimation de Santé publique France de 47 % pour l’ensemble des groupes à risque, de 59 % chez les moins de 65 ans ayant une affection de longue durée et de 38 % chez les 65 ans et plus, vis-à-vis de l’ensemble des virus grippaux circulant en France hexagonale. Ces estimations de la saison passée illustrent une protection incomplète et variable, pas une mesure de l’efficacité de la campagne 2026. [7]
Sources et références
[1] Santé publique France — Infections respiratoires aiguës (grippe, bronchiolite, COVID-19), bulletin du 14 octobre 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/infections-respiratoires-aigues/grippe/bulletin-national/infections-respiratoires-aigues-grippe-bronchiolite-covid-19-bulletin-du-14-octobre-2026
[2] Service Public — Grippe et Covid-19 : une nouvelle campagne de vaccination conjointe cet automne, 1er octobre 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A17729
[3] Santé publique France — Séniors, femmes enceintes, professionnels en Ehpad : où en est leur vaccination en France en 2025 ?, 8 octobre 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/les-actualites/seniors-femmes-enceintes-professionnels-en-ehpad-ou-en-est-leur-vaccination-en-france-en-2025
[4] Santé publique France (Odissé) — Couvertures vaccinales des adolescents et adultes, données nationales et départementales
https://datasantepubliquefrance.opendatasoft.com/explore/dataset/couvertures-vaccinales-des-adolescents-et-adultes-depuis-2011-france
https://datasantepubliquefrance.opendatasoft.com/explore/dataset/couvertures-vaccinales-des-adolescent-et-adultes-departement
[5] Réseau Sentinelles (Inserm, Sorbonne Université) — Incidence hebdomadaire des consultations pour syndrome grippal, France, données téléchargées le 20 octobre 2026
https://www.sentiweb.fr/datasets/all/inc-3-PAY.csv
[6] La Nouvelle République — « Cela facilite les choses » : pourquoi la vaccination contre la grippe en pharmacie est devenue un réflexe pour beaucoup en Loir-et-Cher, 20 octobre 2026
https://www.lanouvellerepublique.fr/blois/cela-facilite-les-choses-pourquoi-la-vaccination-contre-la-grippe-en-pharmacie-est-devenue-un-reflexe-pour-beaucoup-en-loir-et-cher-1792522250
[7] AFP Factuel — Non, cette étude ne prouve pas que le vaccin contre la grippe augmente les risques d’attraper l’infection, 16 avril 2025
https://factuel.afp.com/doc.afp.com.42BF3G2







