Une poignée, un fond qui n’accroche pas et le repas du soir avance. La poêle antiadhésive a quelque chose de rassurant : on la connaît, on s’en sert souvent. Mais la discussion sur ses PFAS commence bien avant qu’elle arrive sur votre plaque de cuisson, et continue après son dernier repas.
C’est ce périmètre que Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth veulent remettre au centre du débat. Dans un courrier envoyé le 8 octobre 2026, annoncé le lendemain, les trois associations mettent en demeure le groupe SEB de revoir son plan de vigilance et de planifier l’arrêt de l’utilisation des PFAS. Leur demande porte sur les activités du groupe, ses fournisseurs et l’ensemble de sa chaîne de valeur. [1]
Le PTFE de la poêle appartient bien aux PFAS
Pourquoi parle-t-on de la poêle ? Parce que certains revêtements antiadhésifs contiennent du PTFE, ou polytétrafluoroéthylène. Ce matériau très glissant est un fluoropolymère : une grande molécule faite d’éléments répétés. Il appartient à la famille des PFAS, qui regroupe plusieurs milliers de substances utilisées pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou de résistance à la chaleur.
Tefal l’écrit elle-même sur son site : son revêtement antiadhésif contient du PTFE, « un type spécifique de PFAS ». La marque défend sa sécurité pour le contact alimentaire lors d’un usage normal, conforme aux instructions. Elle explique que ce polymère est chimiquement inerte et n’est pas absorbé par l’organisme, même lorsqu’il est ingéré accidentellement. Il s’agit de la position du fabricant sur ses revêtements et leurs conditions d’emploi. [2]
Il faut donc distinguer le PTFE du PFOA et du PFOS, deux autres PFAS mieux étudiés. L’Anses rappelle que le PFOA est classé cancérogène pour l’être humain et le PFOS possiblement cancérogène. Ces classifications ne sont pas celles du PTFE : on ne peut pas les appliquer à tout revêtement antiadhésif au seul motif qu’il appartient à la même famille. [3]
Ce que les associations regardent avant et après la cuisson
La question du contact avec vos aliments ne répond pas à celle des rejets pendant la production ou le traitement des déchets. Les associations soutiennent que le cycle de vie du PTFE peut entraîner des émissions d’autres PFAS et de substances problématiques. Elles demandent que ces risques soient identifiés et prévenus, y compris pour les travailleurs et les riverains des sites industriels. [1]
Leur raisonnement suit quatre moments de la vie de l’ustensile :
- Produire la matière première. Le fabricant de poêles achète le PTFE à des fournisseurs de l’industrie chimique. Les risques chez ces fournisseurs font aussi partie de la demande.
- Appliquer le revêtement. Les associations évoquent des émissions possibles lors de la fabrication, notamment à partir des dispersions de fluoropolymères utilisées pour revêtir les ustensiles.
- Utiliser la poêle. Elles mentionnent des libérations possibles sous forme de particules ou de migration vers l’alimentation, tout en les présentant comme moins importantes que les émissions des autres étapes.
- Traiter le produit usagé. Elles alertent sur une élimination qui peut être insuffisante lorsque des déchets contenant des PFAS sont incinérés. [1]

Ce parcours décrit les points soulevés par les associations, pas des quantités mesurées pour votre poêle. De son côté, Tefal dit imposer des spécifications à ses fournisseurs, tester ses produits finis pour différents PFAS non intentionnels et équiper ses lignes de pulvérisation de PTFE d’une aspiration à la source. Ces mesures déclarées font partie de sa réponse sur la prévention industrielle. [2]
Pourquoi ce regard au-delà de la cuisine ? Les PFAS sont très persistants dans l’environnement. Certains peuvent circuler dans l’eau, rester dans les sols ou entrer dans la chaîne alimentaire. L’Anses souligne ainsi l’intérêt de limiter les rejets à la source. Réduire une pollution en amont concerne aussi ce qui pourra ensuite se retrouver dans l’eau ou les aliments, pas seulement l’objet que l’on tient en main. [4]

Trois mois pour un plan, pas une interdiction de cuisiner
Concrètement, les associations reprochent à SEB de ne pas suffisamment traiter les PFAS dans son plan de vigilance. Elles jugent trop limitées les mentions de « polluants émergents » dans les plans de 2025 et 2026, après celles de « substances impopulaires » dans les plans précédents. Cette appréciation est la leur ; la mise en demeure n’est pas un jugement constatant un manquement. [1]
Les trois associations donnent au groupe trois mois pour publier une stratégie qui organise l’identification exhaustive des risques, la sortie des usages du PTFE et des autres PFAS, ainsi que la reconversion des emplois concernés. À défaut de mise à jour, elles se réservent la possibilité de saisir le tribunal judiciaire de Paris.
Ce délai ne signifie donc ni que toutes les poêles seront interdites dans trois mois, ni qu’une sortie industrielle doit être achevée avant cette échéance. La demande est de la planifier, avec les emplois concernés. Elle ne constitue pas non plus un rappel de produits destiné aux consommateurs.
À Rumilly, où se trouve un site Tefal, le communiqué évoque également une démarche locale d’associations auprès de la préfecture au sujet des rejets et de la substitution des PFAS. Cette action est distincte de la mise en demeure nationale adressée à SEB. Le communiqué ne permet pas d’annoncer un résultat judiciaire pour ce dossier local.
Pour votre poêle, regarder le revêtement et la notice
Faut-il jeter celle que vous utilisez ? La mise en demeure ne donne pas cette consigne. Pour les revêtements en PTFE, Tefal recommande de suivre les instructions d’utilisation et de remplacer l’ustensile lorsque son revêtement est endommagé. Elle indique aussi que les rayures peuvent diminuer les propriétés antiadhésives. [2]

Si vous devez renouveler une poêle, prenez le temps d’identifier le matériau de la surface de cuisson, et pas seulement le métal du corps ou le nom de la gamme. Tefal propose notamment des ustensiles en inox non revêtu et des gammes à revêtement céramique qu’elle présente comme dépourvues de PFAS. Ce sont des constructions différentes, avec leurs propres conditions d’entretien et de cuisson.
Une mention « sans PFOA » et une mention « sans PFAS » ne portent pas sur le même périmètre : la première vise une substance, la seconde une famille. Une poêle contenant du PTFE contient un PFAS, même si elle ne contient pas de PFOA. La composition du revêtement apporte donc une information que le mot « antiadhésif », à lui seul, ne donne pas.

Pour comprendre cette actualité, gardez les deux questions ensemble : comment utiliser l’ustensile, et comment il est produit puis traité. Lire la notice vous aide pour la première. La demande adressée à SEB porte aussi sur la seconde, qui dépend des choix du groupe, de ses fournisseurs et des filières de fin de vie.
Sources et références
- Générations Futures — communiqué commun avec Notre Affaire à Tous et ClientEarth, mise en demeure de SEB (9 octobre 2026)
https://www.generations-futures.fr/actualites/mise-en-demeure-seb-plan-vigilance-pfas/ - Tefal — Le matériau antiadhésif (PTFE) des poêles Tefal : position et informations du fabricant
https://www.tefal.fr/nousvousdevonslemeilleur/revetement-anti-adhesif-ptfe - Anses — PFASs: very persistent chemicals (page en anglais)
https://www.anses.fr/en/content/pfass-very-persistent-chemicals - Anses — Understanding more about exposure to PFAS and the associated hazards (page en anglais, 27 octobre 2025)
https://www.anses.fr/en/content/understanding-more-about-exposure-to-PFAS-and-the-associated-hazards





