Un stylo proposé sur un réseau social, une injection récupérée auprès d’un proche, une dose augmentée parce que le poids ne baisse pas assez vite… Le troisième rapport de pharmacovigilance de l’ANSM, publié le 7 octobre 2026, rappelle à quoi ces raccourcis peuvent exposer. Entre février 2025 et janvier 2026, 36 signalements liés à un mésusage pour perdre du poids, dont 17 graves, ont été recensés. Cinq de ces cas graves étaient des pancréatites aiguës, des inflammations du pancréas. [1]
Si vous envisagez ce type de traitement, la question n’est donc pas seulement de savoir quelle injection fait maigrir. Il faut aussi vérifier quel médicament convient à votre situation, où l’obtenir et comment vous serez accompagné une fois le traitement commencé.
Ce qui revient dans les signalements de mésusage
Dans deux cas sur trois, le médicament avait été obtenu en dehors des circuits officiels : sur internet, par l’entourage ou à l’étranger. Dans plus de neuf cas sur dix, les doses étaient trop élevées ou augmentées trop rapidement. Ces proportions concernent les cas de mésusage signalés, pas l’ensemble des personnes qui prennent un traitement contre le diabète ou l’obésité. [1]
Ces dossiers ne permettent pas non plus de calculer votre risque personnel. La pharmacovigilance recueille des effets indésirables déclarés ; elle ne suit pas systématiquement chaque utilisateur. Elle sert ici à repérer des situations dangereuses sur lesquelles on peut agir : le circuit d’obtention, la prescription et le rythme d’augmentation des doses.
À l’échelle de tous les médicaments étudiés, le rapport recense 2 801 notifications, dont 515 graves. L’exposition est estimée à 840 827 patients-années : cette unité additionne des durées de traitement, elle ne désigne pas autant de personnes différentes. Treize décès ont été notifiés, sans que cela signifie 13 décès causés de façon démontrée par ces traitements. [2]
Ozempic n’est pas interchangeable avec un traitement de l’obésité
Les noms circulent parfois comme s’ils désignaient tous la même injection minceur. Pourtant, leurs indications ne sont pas identiques. Ozempic contient du sémaglutide, comme Wegovy, mais Ozempic est indiqué dans le diabète de type 2 insuffisamment contrôlé. Wegovy, Saxenda et Mounjaro font partie des traitements autorisés pour le contrôle du poids sous certaines conditions. Mounjaro contient du tirzépatide, qui agit sur deux récepteurs, GLP-1 et GIP. [1]
Chez l’adulte, l’ANSM rappelle les repères suivants pour ces traitements du poids, utilisés en deuxième intention :
- un IMC d’au moins 30 kg/m² ;
- ou un IMC compris entre 27 et 30 kg/m² avec au moins une maladie associée, comme un diabète, une hypertension ou une apnée du sommeil. [1]
L’IMC, ou indice de masse corporelle, rapporte le poids à la taille. Atteindre l’un de ces seuils ne suffit pas à choisir soi-même un médicament : le médecin doit aussi examiner les autres maladies, les traitements déjà pris et la place du médicament dans votre prise en charge. Ces repères d’indication ne sont pas, à eux seuls, des critères de remboursement.

Ordonnance, pharmacie et doses progressives vont ensemble
Pour l’ANSM, la règle est explicite : obtenir ces médicaments avec une ordonnance, en pharmacie, jamais sur internet. Un stylo donné par une connaissance ne remplace pas cette démarche, même si cette personne le prend depuis longtemps et le supporte bien. Sa prescription et sa dose répondent à sa situation, pas à la vôtre. [1]
La progression des doses doit suivre les recommandations du médicament prescrit et les consignes du médecin. Il n’existe pas un calendrier unique à recopier pour toute cette famille. Si vous avez l’impression que le résultat tarde, n’avancez pas un palier et n’augmentez pas la dose pour accélérer la perte de poids : reparlez-en au prescripteur.

Vous avez déjà utilisé une injection obtenue hors de ce parcours ? Dites au médecin ou au pharmacien quel produit vous avez pris, à quelle dose, quand et d’où il venait. Gardez l’emballage si vous l’avez. Ces informations peuvent aider à comprendre un symptôme et à organiser la suite ; l’important est de pouvoir en parler sans attendre que la situation s’aggrave.
Le suivi ne s’arrête pas au chiffre sur la balance
Nausées, vomissements, diarrhées et douleurs abdominales restent les effets les plus fréquemment signalés. Certains peuvent entraîner une hospitalisation. La pancréatite est, elle aussi, un risque connu, déjà mentionné dans les notices. Des douleurs abdominales importantes ou des vomissements persistants nécessitent un avis médical rapide, plutôt qu’une augmentation de dose ou l’attente du prochain contrôle. [1]
Le suivi permet également de faire le point sur ce que vous arrivez réellement à manger et à boire. Le rapport mentionne de nouveau des carences et de la malnutrition. Une baisse d’appétit peut compliquer les repas ; si manger devient difficile, abordez-le avec l’équipe soignante pour adapter l’accompagnement, pas seulement l’objectif de poids.
Autre point à préparer dès le rendez-vous : la liste de vos médicaments. L’ANSM souligne des interactions possibles avec certains traitements dont la dose doit être ajustée précisément, notamment certains anticoagulants. Chez des patients diabétiques prenant de la metformine, une déshydratation liée à des vomissements pourrait aussi favoriser une complication grave, l’acidose lactique. Signalez tous vos traitements au médecin et au pharmacien ; ne modifiez pas leurs doses vous-même. [1]

Le choix d’un comprimé plutôt que d’une injection ne dispense pas non plus de discuter de la tolérance et de l’organisation des prises. La forme du médicament peut changer les habitudes du quotidien, mais le suivi reste nécessaire.

L’alerte ne retire pas leur intérêt à ces médicaments : l’ANSM confirme un rapport bénéfice/risque favorable lorsqu’ils sont utilisés conformément aux recommandations. Pour une personne tentée de commencer, le bon premier pas reste un rendez-vous médical. Vous pourrez y clarifier trois choses concrètes : quel traitement est adapté, comment respecter les doses et qui contacter si vous le supportez mal. [1]
Sources et références
- ANSM — 3ᵉ rapport de pharmacovigilance sur les aGLP-1 : persistance du mésusage associé à des complications graves et mise en évidence du risque d’interactions médicamenteuses (7 octobre 2026).
https://ansm.sante.fr/actualites/3-rapport-de-pharmacovigilance-sur-les-aglp-1-persistance-du-mesusage-associe-a-des-complications-graves-et-mise-en-evidence-du-risque-dinteractions-medicamenteuses - ANSM / CRPV de Montpellier — Résumé du rapport d’enquête de pharmacovigilance n° 3 sur les agonistes du récepteur GLP-1, période du 1er février 2025 au 31 janvier 2026 (octobre 2026).
https://ansm.sante.fr/uploads/2026/10/07/20261001-resume-enquete-pv-analogues-glp-1.pdf





